

Cv artistique et pédagogique (pdf, 80 ko)
La biographie de Carmen Álvarez vous est présentée sous forme d'interview réalisée par ses élèves.

À quel âge as-tu commencé la danse Flamenca ?
En rêve, depuis tout petite en regardant Pilar Lopez, Antonio Gades, etc. par la fenêtre de chez moi à Madrid : mes fenêtres donnaient sur le studio de la calle Atocha. Dans la réalité : tard, à 18 ans, mais ensuite toute la journée et la nuit dans mon sommeil.
As-tu tout de suite dansé le Flamenco ou as-tu été formée au classique ou une autre danse ?
Tout de suite le Flamenco, mais j'ai aussi travaillé avec le ballet de Rafael Aguilar, ce qui m'a donné une bonne formation aux danses du folklore espagnol.
Où as-tu appris ? quels ont été tes professeurs ? qui t'a le plus apporté ?
Avec Mari-Carmen Garcia, dans el Teatro del Arte Flamenco où j'ai fait mes débuts et qui m'a enseigné non seulement la danse mais aussi la scène et ses secrets ; ensuite à Amor de Dios (Madrid) avec la Tati, Guito, Carmen Cortès, Ciro, Manolete. Je dois beaucoup à tous, chacun a sa particularité, sa génialité et ses défauts aussi (on apprend quelque chose aussi des défauts quand on est passionnée...).
Quelles ont été les rencontres importantes dans ta vie d'artiste et de professeur ?
Dans ma vie d'artiste, j'ai eu la chance de travailler avec de grands
artistes, grands aussi humainement, tels Chaquetón, Juan Maya, Paco de Antequera, Tomás de Madrid... Quoi de mieux que commencer sur la scène avec des gens comme ça ? Dans l'enseignement : Mari-Carmen Garcia, Angel Torres, Ana-Mª López de Jeréz, et les élèves bien sûr. J'ai beaucoup appris de mes élèves.
Tu as eu beaucoup d'activité artistique et pédagogique en France, qu'est-ce qui t'a amenée dans notre pays ?
J'y suis allée pour étudier et puis j'ai rencontré le Teatro del Arte Flamenco avec lequel j'ai énormément tourné en France.
À cette époque, la France m'a permis de faire le Flamenco que j'avais envie de faire : traditionnel mais présenté dans des endroits où il n'était pas allé auparavant, des théâtres, des maisons de la culture, des club de jazz... (avant, le Flamenco c'était le théâtre Montaigne pour élites et les restaurants espagnols pour les autres !). À la Cartoucherie de Vincennes, à la Maison de la Culture de Bourges, au New Morning, les gens, le public, les artistes, ne regardaient plus le Flamenco comme du folklore mais comme un art de notre temps. Et j'ai pu travailler avec des acteurs, des musiciens de jazz... tout ce qui s'est fait un peu plus tard en Espagne.
Quel serait ton meilleur souvenir de scène ? de stage ?
De scène il y en a beaucoup ! À Lille il y eut un jour vraiment magique, mais comme j'ai dansé là-bas de nombreuses fois je ne saurais plus dire précisément où c'était. À Charleville avec les gens de Jerez, et puis tellement d'autres... avec Chaquetón et le Teatro del Arte Flamenco à Bruxelles. Parmi les stages, de grands souvenirs : certains avec 10 élèves, d'autres - par exemple à Strasbourg - dans un gymnase avec 60 élèves, où je n'avais plus ni voix ni jambes en sortant mais le coeur bien content ; chaque fois que j'ai travaillé avec des acteurs de théâtre ou des danseurs contemporains, quand on lit sur un visage que l'élève vient de découvrir quelque chose de nouveau, d'inattendu, une mine d'or à travailler.
Tu collabores avec des compagnies théâtrales, quel est le lien avec la danse Flamenca ?
Depuis les années 70 les acteurs se sont intéressés à d'autres disciplines, dont la danse non classique. Dans la danse flamenca, comme dans d'autres danses (indienne, africaine), l'acteur recherche la rigueur technique, le rythme, l'expressivité qui lui permettront d'interpréter son personnage avec plus de force, de subtilité et d'efficacité. Mais le Flamenco peut lui permettre d'aller un peu au-delà des barrières de l'interprétation car le jeu des énergies y poursuit un autre but - l'incarnation : on ne joue pas, on est quelqu'un.
Pour toi quelle est la spécificité de la danse Flamenca ?
Les sentiments - gaieté, peine, grâce, force, solitude, etc. - sont exprimés jusqu'au bout, sans écran protecteur, et on peut mener son énergie (l'expression) et la laisser aller et venir comme on dirige un bateau à voile avec le vent (le sentiment).
Quel conseils donnerais-tu aux personnes qui souhaitent apprendre le Flamenco ?
Écouter avec la peau, regarder avec le coeur, travailler, travailler, et ne pas avoir peur des émotions anciennes qui vont te traverser.
Lorsque tu enseignes, qu'est-ce qu'il est important pour toi de faire passer aux élèves ?
L'importance d'être bien placé dans l'exécution de la technique (entre autres pour ne pas se faire mal), puis, une fois que le corps a trouvé de bons et solides appuis, apprendre à l'esprit à parler à travers le corps.
Tu as été la première à créer des "ateliers" de Flamenco, qu'est-ce que cela apporte aux élèves en plus d'un cours de technique et de chorégraphie ?
Dans mes cours, depuis le début j'ai toujours essayé de faire "comprendre" la construction des danses que l'on travaillait et cela par rapport au chant et à la guitare. Mais en une heure et demie par semaine on fait peu de choses, on manque de temps, et c'est pourquoi j'ai proposé à la Peña flamenca de Flamenco en France (où j'ai travaillé pendant de nombreuses années) d'ouvrir des ateliers de compás (palmas) et d'autres ateliers où les apprentis danseurs, chanteurs, guitaristes, pouvaient pratiquer ensemble et donc avancer plus en profondeur. Je suis contente : l'idée a été reprise et elle continue de se développer - ça veut dire qu'elle était bonne !
As-tu des élèves qui sont devenus professionnels ?
Oui, nombreux sont passés dans mes cours, puis ils ont ouvert des cours eux aussi et participé à des spectacles.
Y a-t-il des "palos" que tu préfères enseigner ou danser ?
J'aime enseigner tous les palos. Pour danser, j'aime beaucoup la Solea, la Alegria, los Tangos...
Quels sont tes projets aujourd'hui ?
Continuer à expliquer et à transmettre de mon mieux par différents moyens cet art qui nous vient de loin, de très loin...
| Plus d'informations : carmenalvarezdanse@gmail.com |